Le début : HTML dans un navigateur IE6
Tout a commencé au début des années 2000, avec un navigateur Internet Explorer 6, un PC familial, et le clic droit "Afficher le source" sur des sites web que je trouvais impressionnants.
Je me souviens du premier moment de compréhension : réaliser que derrière chaque page web, il y avait du texte. Du texte lisible, manipulable, reproductible. J'ai copié, modifié, cassé, recommencé. Personne ne m'avait dit qu'on pouvait faire ça. Personne ne m'avait dit qu'on ne pouvait pas non plus.
C'est là que tout s'est décidé sans que j'en sois conscient.
La progression : par couches, par projets
L'apprentissage autodidacte n'est pas linéaire. On ne suit pas un programme : on suit des problèmes.
J'ai appris le CSS parce que je voulais centrer un div et que c'était plus difficile que ça n'aurait dû l'être. J'ai appris PHP parce que je voulais un formulaire de contact qui envoyait un vrai email. J'ai appris MySQL parce que je voulais stocker des données et les retrouver. J'ai appris JavaScript parce que je voulais que quelque chose bouge sur la page sans recharger.
Chaque nouvelle compétence est venue répondre à un besoin concret. Pas à un module de formation, pas à une case à cocher dans un cursus. À un problème réel que je rencontrais sur un projet que je construisais pour apprendre.
La progression vidéo a suivi une logique identique. J'ai commencé à filmer avec ce que j'avais, j'ai regardé des rushs, j'ai compris ce qui ne fonctionnait pas, j'ai cherché pourquoi. La lumière, le son, le cadre, le montage : tout s'est construit par itérations, sur des projets réels, en observant ce qui marchait et ce qui ne marchait pas.
La méthode que j'ai mise en place
Avec le recul de vingt ans, je peux décrire ce qui a fonctionné pour moi.
Les documentations officielles d'abord. Pas les tutos YouTube en boucle, pas les cours en ligne génériques : les docs officielles. Elles sont précises, maintenues, et elles apprennent à lire plutôt qu'à regarder. Laravel.com, MDN, Tailwind CSS, DaVinci Resolve Reference Manual : c'est là que je cherche en premier.
Des projets concrets, pas des exercices. Un "projet pédagogique" fictif n'a pas les mêmes exigences qu'un vrai projet. Sur un vrai projet, on rencontre des vrais bugs, des vrais edge cases, des vrais utilisateurs qui font des choses inattendues. C'est ça qui fait progresser.
Lire du code des autres. Les dépôts open source, les packages Laravel que j'installe, les extraits de Stack Overflow (en comprenant pourquoi ça fonctionne, pas en copiant aveuglément) : lire du code est une des pratiques les plus formatives qu'il m'ait été donné de développer.
Accepter de ne pas tout savoir. L'autodidaxie crée parfois l'illusion qu'on devrait tout maîtriser soi-même. Ce n'est pas tenable. Je sais ce que je sais, je sais reconnaître ce que je ne sais pas encore, et je sais où chercher.
Ce que ça apporte
La première chose, c'est la débrouillardise. Un développeur ou un vidéaste autodidacte a appris à trouver des réponses par lui-même. Il n'attend pas qu'on lui explique : il cherche, teste, vérifie.
La deuxième chose, c'est la curiosité maintenue. Vingt ans d'apprentissage autonome ne s'arrêtent pas quand on "arrive" quelque part. Il n'y a pas d'arrivée : il y a juste un niveau de départ de mieux en mieux équipé pour aborder les sujets suivants.
Ce que ça coûte
Soyons honnêtes. L'autodidaxie a un coût réel.
Elle est lente, parfois. On réapprend des choses qu'un cours structuré aurait enseignées en deux heures. On développe des habitudes qu'il faut ensuite corriger quand on découvre qu'il y avait une meilleure façon de faire.
Elle isole, parfois. Apprendre seul signifie qu'il n'y a pas de camarade de promo, pas de mentor naturel, pas de réseau de pairs constitué pendant les études.
Et elle peut laisser des lacunes théoriques. Je suis à l'aise avec le pratique. Les fondements théoriques (complexité algorithmique, théorie des automates, sémantique formelle) sont des zones grises que je comble par intérêt quand un sujet le justifie, pas par formation systématique.
Ça n'en fait pas une voie inférieure. C'est une voie différente, avec ses propres forces et ses propres contraintes. À chacun de savoir si elle lui convient.
Pour moi, elle a fonctionné. Elle fonctionne encore.