J'avais annoncé ici, dans un précédent article, que je quittais la suite Adobe. Pas par caprice, par lassitude. Des bugs non corrigés depuis des versions, une architecture de Premiere Pro qui donnait l'impression de travailler sur du sable mouvant, des plantages en plein milieu d'un export. J'ai testé DaVinci Resolve, commencé à regarder Final Cut Pro. Et ça s'est bien passé.
Mais je surveille Adobe. Parce que Premiere Pro, ça reste la référence dans le secteur, et parce que l'écosystème autour (Audition, After Effects, le dynamic link) c'est difficile à remplacer d'un seul coup. Alors quand Adobe sort des nouveautés vraiment intéressantes, je préfère ne pas faire semblant de ne pas les voir.
Ce qui s'est passé avec la version 26.x
Soyons honnêtes sur le contexte. Le lancement de Premiere Pro 26.0 (début 2026) a été agité. Des utilisateurs sur Mac Studio M3 Ultra signalaient des freezes complets au moindre clic. Des problèmes d'audio qui disparaissaient à la réouverture d'un projet. Des pistes qui se gelaient dès qu'on ajoutait un effet. Les forums Adobe Community ont été inondés de rapports.
La version 26.2.2 de mai 2026 était censée corriger tout ça : une mise à jour critique axée stabilité. C'est partiellement vrai. Les blocages les plus graves ont été traités, mais certains utilisateurs rapportent encore des lenteurs d'interface sur configurations pourtant puissantes. Ce n'est pas un retour à zéro des problèmes. C'est une amélioration, notable mais incomplète.
Ce que je retiens : Adobe a identifié la régression, a agi vite, et a publié un correctif ciblé. C'est un signal positif sur la méthode, même si le résultat n'est pas encore parfait.
Les nouveautés qui méritent vraiment l'attention
Ce qui m'intéresse dans Premiere Pro 26.0, ce ne sont pas les petites améliorations de confort : c'est le fond.
Le masquage d'objets par IA. D'un seul clic, l'outil identifie et isole un sujet dans le plan, puis le traque sur toute la durée du clip. Ce n'est pas nouveau dans le paysage (DaVinci le fait depuis un moment), mais l'intégration dans Premiere et la qualité du tracking sur des plans complexes ont visiblement progressé. Il y a maintenant deux modes de contour (Sharp et Smooth) pour coller au mieux au sujet et à la qualité de l'image. En pratique, pour isoler un visage ou un objet avant d'appliquer une correction colorimétrique, ça change le rythme de travail.
L'édition visuelle des transitions. On peut maintenant ajuster directement la durée et la position d'une transition en tirant des poignées sur les clips eux-mêmes, sans passer par un panneau séparé. Petit détail, grand gain de fluidité.
Le panneau Sequence Index. Une vue en tableau de la séquence, consultable et filtrable : utile quand la timeline devient dense. Pour quelqu'un qui monte des documentaires ou des interviews longues, c'est le type d'outil qui manquait.
L'accélération GPU pour les vignettes. Les aperçus des clips correspondent maintenant à l'étalonnage appliqué, avec génération GPU. C'est une de ces choses qu'on remarque surtout quand ça manquait : naviguer dans le projet devient plus cohérent visuellement.
Le support Windows ARM64 natif. Anecdotique pour moi (je suis sur Mac), mais significatif pour l'élargissement de la plateforme.
Firefly dans le workflow vidéo
La vraie tendance de fond chez Adobe, c'est Firefly. L'agent IA annoncé en avril 2026 promet d'orchestrer des opérations complexes en langage naturel sur l'ensemble des apps Creative Cloud : Photoshop, Premiere, Lightroom, tout le reste. Ce n'est pas encore disponible en accès général au moment où j'écris ces lignes, mais la direction est claire.
Plus concrètement, le Firefly Video Editor intègre déjà un outil de nettoyage audio (réduction de bruit, équilibrage dialogue/musique/ambiance) qui s'appelle Enhance Speech. Pour quelqu'un qui tourne en conditions réelles, pas en studio, c'est le genre de fonctionnalité qui peut faire gagner une heure de travail par projet.
Est-ce qu'Adobe surfe sur la vague IA comme tout le monde ? Oui. Est-ce que certains de ces outils ont un intérêt concret ? Aussi oui. Et c'est ce qui compte.
Ma position
Je n'ai pas replongé dans Premiere Pro. Pas encore.
Ce que je vois me donne envie de tester à nouveau, sérieusement. Les nouvelles fonctionnalités vont dans le bon sens : plus d'IA utile, moins de friction dans les workflows courants. La stabilisation de la 26.2.2 rassure, même si elle ne clôt pas tous les dossiers.
Mais je ne vais pas revenir juste parce qu'Adobe a sorti une mise à jour. Je vais installer la dernière version, monter un projet test, et voir si le quotidien s'est amélioré en pratique. Pas sur un projet critique : sur du matériel où une régression ne coûte rien.
Si ça passe, je l'annonce ici. Si ce n'est pas encore au niveau, je le dirai aussi.
C'est ça, la différence avec un article de presse : je n'ai pas d'accord de partenariat avec Adobe. Je peux me permettre d'attendre et de voir.