Ce que personne ne vous dit vraiment
Lancer une entreprise individuelle dans le numérique, c'est administrativement plus simple que ça n'en a l'air. Déclaration en ligne sur l'URSSAF, quelques jours d'attente, et vous existez officiellement. Mais entre "exister officiellement" et "travailler dans des conditions correctes", il y a un écart que les guides en ligne comblent rarement.
Ce qui suit, c'est ce que j'aurais voulu lire avant de me lancer.
La déclaration EI : simple, mais attention au régime
L'Entreprise Individuelle se crée sur le site de l'INPI (guichet unique depuis 2023). C'est rapide et gratuit. Mais le choix du régime fiscal a des conséquences durables.
En dessous des seuils du régime micro (77 700 euros de chiffre d'affaires pour les prestations de services en 2026), on est en micro-BNC si on exerce une activité libérale (et le développement web en est une, catégorie BNC). Le régime micro simplifie la comptabilité : l'imposition est calculée sur le CA avec un abattement forfaitaire de 34 %. Pas besoin de comptabilité détaillée des charges.
Au-dessus du seuil, ou sur option volontaire, on passe au régime réel normal (BNC réel). On déduit les charges réelles (matériel, logiciels, téléphone, proportion du loyer si bureau à domicile), mais on doit tenir une comptabilité rigoureuse et idéalement faire appel à un expert-comptable.
Le régime micro est tentant au démarrage. Il devient désavantageux quand les charges réelles dépassent l'abattement forfaitaire de 34 %. À vous de faire le calcul selon votre situation.
La TVA en franchise de base
En dessous d'un certain seuil de CA (36 800 euros pour les prestations de services en 2026 pour la franchise de base), on n'est pas assujetti à la TVA. On ne la facture pas, on ne la récupère pas sur les achats. C'est le régime de la franchise en base prévu à l'article 293 B du CGI.
Sur chaque facture, la mention légale obligatoire est : "TVA non applicable, article 293 B du CGI". Sans cette mention, la facture n'est pas légalement conforme.
Les avantages : simplicité administrative, prix compétitifs pour les clients particuliers ou non assujettis à la TVA. L'inconvénient : on ne récupère pas la TVA sur ses propres achats professionnels (matériel, logiciels, etc.).
Dès que le CA approche du seuil, il faut anticiper le passage au régime réel de TVA : ça modifie la facturation, la comptabilité, et les prix si on facturait HT jusqu'alors.
Les contrats : toujours, par écrit, avant de commencer
C'est la règle que j'aurais voulu qu'on me répète davantage au départ. Un devis accepté par email, c'est mieux que rien. Un contrat de prestation signé, c'est une protection réelle.
Le contrat doit préciser : la nature et le périmètre exact de la prestation, le prix (avec la mention TVA ou franchise), les délais et jalons, les modalités de livraison, les conditions de révision (combien d'allers-retours sont inclus), les conditions de règlement (acompte, solde à la livraison), et ce qui se passe en cas de litige.
Les CGV (Conditions Générales de Vente) sont un complément utile pour les prestations récurrentes : elles définissent les règles générales qui s'appliquent à tous les clients sans avoir à les rédiger à nouveau pour chaque contrat.
La facturation : les mentions obligatoires
Une facture française doit comporter des mentions légales précises. Les oublis courants :
La numérotation chronologique est obligatoire. On ne peut pas avoir deux factures avec le même numéro, ni une numérotation avec des trous. Format recommandé : année + numéro séquentiel (2026-001, 2026-002...).
Les coordonnées complètes des deux parties : nom, adresse, SIRET pour le prestataire ; raison sociale, adresse, SIRET ou numéro de TVA pour le client professionnel.
La date d'émission et la date d'échéance (délai de paiement : légalement 30 jours entre professionnels sauf accord contraire).
Les pénalités de retard : taux légal en vigueur (à préciser) ou taux conventionnel, et l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros (obligatoire entre professionnels depuis 2012).
La mention TVA (franchise ou taux applicable selon votre régime).
Mutuelle et retraite : on y pense trop tard
La protection sociale des indépendants est moins couvrante que celle des salariés. La mutuelle santé est à souscrire soi-même : elle n'est pas automatique, elle n'est pas subsidiée par un employeur.
Pour la retraite, les cotisations sociales des indépendants (versées à la SSI, Sécurité Sociale des Indépendants) génèrent des droits, mais généralement inférieurs à ceux d'un salarié. Compléter avec un PER (Plan d'Épargne Retraite) permet de déduire les versements du revenu imposable et de préparer une retraite décente.
Ces sujets semblent lointains au lancement. Ils ne le sont pas.
Ce que j'aurais voulu savoir dès le premier jour
Ouvrir un compte bancaire dédié à l'activité professionnelle, même sans obligation légale en micro (mais c'est fortement recommandé). Garder tous les justificatifs de dépenses professionnelles. Ne jamais commencer une mission sans un devis signé. Mettre de côté 25 à 30 % du CA dès réception pour les cotisations et impôts. Et consulter un expert-comptable au moins une fois par an, même si vous pensez ne pas en avoir besoin.
Ce n'est pas exhaustif. Mais c'est ce qui m'aurait évité les premières erreurs.