Le contexte : l'IA est partout dans la production vidéo
En 2026, il est impossible de travailler sérieusement dans la production vidéo sans rencontrer l'IA à chaque étape du workflow. Transcription automatique, réduction de bruit, masquage d'objets, sous-titres, étalonnage automatisé : les outils ont évolué vite, et leur qualité est réelle.
La question n'est plus "est-ce que l'IA est utile ?" : elle l'est, manifestement. La question est "pour quoi, et jusqu'où ?"
J'ai une ligne. Elle n'est pas définitive : je la réévalue régulièrement en fonction de ce que je vois. Mais elle est claire, et je la tiens.
Ce que j'utilise
La transcription automatique. Whisper (OpenAI, disponible en local via différents outils) transcrit avec une précision remarquable, même sur des accents régionaux ou dans des environnements bruités. Descript propose une interface intégrée. Le résultat n'est pas parfait à 100 % : je relis et corrige systématiquement avant d'utiliser une transcription. Mais le gain de temps est réel sur des interviews longues.
La réduction de bruit audio. iZotope RX est mon outil principal pour le nettoyage audio. Le module Dialogue Isolation isole la voix du fond sonore avec une précision qui était inaccessible il y a cinq ans. Enhance Speech (Adobe, intégré dans le Firefly Video Editor) donne des résultats similaires dans un workflow différent. J'utilise ces outils sur tous mes tournages réels, hors studio.
Le masquage IA. DaVinci Resolve propose depuis quelques versions un outil de masquage par IA : on clique sur un sujet, il est isolé et tracké sur toute la durée du clip. C'est utile pour des corrections colorimétriques ciblées (corriger la peau d'un visage sans toucher l'arrière-plan, par exemple). Je l'utilise ponctuellement, quand ça a du sens.
Les sous-titres automatiques. Pour l'accessibilité et le SEO, les sous-titres sont générés automatiquement puis relus et corrigés manuellement. La génération automatique économise 80 % du temps de frappe : la vérification humaine reste indispensable.
Ce que je refuse
La génération de visages synthétiques dans du contenu présenté comme réel. Si je filme des gens, je filme des gens. Pas des avatars générés. Pas des "présentateurs IA" sur un contenu qui se présente comme documentaire ou journalistique. La tromperie sur ce point est une ligne que je ne franchis pas.
Le clonage de voix sans consentement explicite. La technologie permet de cloner une voix à partir de quelques secondes d'enregistrement. C'est une capacité qui existera de plus en plus facilement. Je ne l'utilise pas sur la voix de qui que ce soit sans que la personne concernée ait compris précisément ce que ça implique et ait donné son accord explicite.
Les choix éditoriaux délégués à l'IA. Ce qu'on garde au montage, ce qu'on coupe, l'ordre des séquences, le rythme d'un portrait : ce sont des décisions éditoriales. Elles expriment un point de vue sur ce que quelqu'un a dit et vécu. Un algorithme ne peut pas avoir ce point de vue à ma place. Le montage automatique (Descript "Studio Sound", les outils qui proposent des "rough cuts" automatiques) peut être un point de départ pour explorer les rushes. Jamais un point d'arrivée.
La génération de contenu sonore ou musical pour simuler une ambiance réelle. Si un lieu a un son particulier, je le capte. Je n'utilise pas de sons générés pour remplacer une ambiance que je n'ai pas su enregistrer.
La thèse centrale
L'IA est un excellent assistant. Un mauvais auteur.
Elle peut me faire gagner du temps sur des tâches répétitives, améliorer la qualité technique d'un rendu, m'aider à explorer des options que je n'aurais pas envisagées seul. Tout ça est légitime et précieux.
Elle ne peut pas décider de ce qui mérite d'être montré, de comment une personne doit être représentée, de ce qui est vrai et ce qui trahit la réalité d'une situation. Ces décisions sont humaines. Elles restent humaines dans tout ce que je produis sous le nom VS81.
Pourquoi maintenir une ligne claire
Pas par idéologie. Par cohérence avec ce que je veux faire.
Si le projet VS81 est de filmer des gens et de rendre compte de leur réalité avec honnêteté, alors chaque outil que j'utilise doit servir cet objectif. L'IA comme assistant technique : oui. L'IA comme substitut au regard humain : non.
Cette ligne évoluera peut-être. Certains usages qui me semblent problématiques aujourd'hui pourraient devenir normalisés et éthiquement acceptables demain, si les cadres de consentement et de transparence évoluent. Je resterai attentif à ces évolutions plutôt que de me murer dans une position figée.
Mais pour l'instant, c'est là que je me trouve.