Activité cessée

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Quelques mots sincères

Je dois m’arrêter.

Continuer comme avant ne serait plus du courage. Ce serait m’oublier encore un peu plus.

Comprendre ma décision

À celles et ceux qui ont cru en moi

Je vous dois la vérité.

Écrire ces mots n’est pas facile. J’aurais aimé vous annoncer un nouveau projet, une nouvelle idée ou un nouveau départ. Aujourd’hui, je dois vous parler d’un arrêt.

Une décision que je n’ai pas choisie de bon cœur

Il y a des décisions que l’on prend parce qu’on les désire. Celle-ci, je la prends parce que continuer n’est plus raisonnable. Je ne la vis ni comme un soulagement ni comme une victoire. Je la vis comme l’acceptation douloureuse d’une réalité que j’ai repoussée aussi longtemps que j’ai pu.

Pendant des mois, je me suis répété qu’il fallait simplement tenir encore un peu. Terminer un dossier, répondre à une dernière demande, achever une formation, traverser une période difficile, puis reprendre mon souffle. Mais chaque étape en appelait une autre. Le repos reculait toujours et moi, je continuais à avancer comme si ma volonté pouvait remplacer le sommeil, la santé et le temps.

Je ne ferme pas cette porte avec légèreté. Je la ferme avec la gorge serrée, parce qu’une partie de moi voudrait encore créer, aider, imaginer et construire. Cette partie de moi ne comprend pas toujours pourquoi le corps et la vie imposent des limites que le cœur refuse d’accepter.

C’est cela qui rend cette décision si difficile. Je ne cesse pas parce que ce projet ne comptait plus. Je cesse précisément parce qu’il a compté énormément, parfois au point de prendre plus de place que tout le reste.

Un rêve qui ne m’a jamais quitté

Depuis les années 2000, je porte le rêve de créer ma propre entreprise. Ce rêve a connu plusieurs noms. Il y a d’abord eu Inter62, puis VS81. À chaque fois, j’ai recommencé avec l’envie de construire quelque chose d’utile, quelque chose dont je pourrais être fier.

J’y ai mis mes idées, mon énergie, mon temps, mes économies et beaucoup de nuits trop courtes. Chaque client qui me faisait confiance me donnait une raison de continuer. Chaque projet terminé effaçait un instant la fatigue et me faisait croire que, cette fois, j’allais réussir à trouver le bon équilibre.

Mais cet équilibre n’est jamais vraiment venu. Par manque de temps, parce que le moment n’était pas le bon, à cause de ma santé ou simplement parce que la vie me demandait d’être présent ailleurs, j’ai dû plusieurs fois ralentir, arrêter, puis recommencer.

Ce rêve n’était pas une simple ambition professionnelle. Il représentait la liberté de créer à ma manière, la fierté de partir de presque rien et la possibilité de prouver que mes idées pouvaient devenir quelque chose de réel. Inter62 et VS81 n’étaient pas seulement des noms. Ils portaient mes espoirs, mes doutes, mes recommencements et toutes les versions de moi qui ont refusé d’abandonner.

Ce qui me bouleverse aujourd’hui, ce n’est pas uniquement de voir une activité s’arrêter. C’est de regarder un rêve ancien et de reconnaître que, malgré tout l’amour que je lui porte, je ne peux plus le faire vivre sans me faire du mal.

Ma passion était aussi devenue un refuge

Aujourd’hui, je dois reconnaître quelque chose que je n’ai pas voulu voir pendant longtemps. Bien avant de devenir une entreprise, cette activité était déjà une passion. J’aimais créer, apprendre, comprendre et donner vie à mes idées. Elle faisait partie de moi bien avant Inter62 et VS81.

Mais lorsque quelque chose me passionne, j’ai beaucoup de mal à le faire à moitié. Je veux que tout soit bien pensé, bien réalisé, parfois même parfait. Je recommence, je corrige et je cherche toujours à faire mieux. Ce besoin de trop bien faire me pousse souvent à dépasser mes limites. Avant même la création de l’entreprise, ma passion avait déjà le même impact sur mon temps, mon sommeil et ma santé.

En devenant une entreprise, cette passion a simplement pris encore plus de place. Aux heures passées par envie se sont ajoutées les responsabilités, les attentes et la peur de décevoir. Elle n’était plus seulement une passion ni seulement un projet. Elle était aussi devenue un refuge.

Tant que je travaillais, tant qu’une idée m’occupait ou qu’un problème attendait une solution, je pouvais éviter le silence. Je pouvais tenir loin de moi mes inquiétudes, mes regrets, la peur de l’avenir et certaines pensées difficiles. Je remplissais chaque moment libre, car ne rien faire me confrontait à tout ce que j’essayais d’oublier.

Il y avait déjà mon travail, ma formation, les devoirs, les dossiers, les stages et la vie personnelle. Malgré cela, je cherchais encore du temps pour VS81. Je pensais que cette activité m’aidait à tenir. Au fil des mois, elle m’a épuisé davantage.

Le problème n’était pas d’aimer ce que je faisais. Le problème était de ne plus savoir m’arrêter. Une amélioration en appelait une autre. Une idée arrivait avant même que la précédente soit terminée. Je pouvais passer des heures sur un détail que personne ne remarquerait, simplement parce que je ne supportais pas l’idée de livrer quelque chose qui ne me semblait pas assez juste.

Peu à peu, j’étais présent partout sans être vraiment disponible nulle part. Mon corps était avec mes proches, mais mon esprit continuait à corriger, prévoir, répondre et recommencer. Même les moments heureux étaient traversés par la sensation que quelque chose m’attendait encore devant un écran.

Il arrive un moment où il faut arrêter de faire semblant que tout va bien.

Le prix du silence

À force de vouloir paraître capable, on finit parfois par cacher sa fatigue à tout le monde, y compris à soi-même. Je répondais que cela allait passer. Je disais que j’avais l’habitude, que je savais gérer, que ce n’était qu’une mauvaise période. Au fond, je savais que cette période durait depuis trop longtemps.

Quand je remplissais chaque minute de travail, je n’avais plus besoin d’écouter ce qui se passait en moi. Je pouvais repousser les questions, les regrets et les peurs. L’activité devenait un bruit permanent qui m’empêchait d’entendre tout ce que je ne voulais pas affronter.

Le silence me faisait peur, alors je l’ai remplacé par des projets. La fatigue me faisait peur, alors je l’ai combattue avec davantage de travail. La peur de décevoir me faisait peur, alors j’ai accepté plus que ce que je pouvais réellement porter. Je pensais protéger les autres. En réalité, je disparaissais peu à peu derrière ce que j’essayais de construire.

Il y a une forme de fatalité à comprendre que la volonté ne suffit pas toujours. On peut aimer quelque chose de toutes ses forces et devoir malgré tout s’en éloigner pour ne pas s’y perdre entièrement.

Ma santé ne peut plus attendre

Je suis fatigué. Pas seulement d’une fatigue qui disparaît après une bonne nuit. C’est une fatigue plus profonde, installée depuis longtemps. Mon corps me demande de ralentir et ma santé devient plus fragile. Je ne peux plus continuer à l’ignorer comme si elle pouvait attendre que tous mes projets soient terminés.

Continuer à ce rythme reviendrait à sacrifier ce que j’ai de plus précieux pour préserver une activité alors que je ne sais pas ce que l’avenir permettra.

Il y a aussi ma fille. Elle a besoin d’un père présent, disponible et capable de partager avec elle les petits moments qui comptent. Je ne veux plus être simplement dans la même pièce avec l’esprit encore devant un écran. Je veux l’écouter, rire avec elle, être là lorsqu’elle a besoin de moi et construire des souvenirs qui ne se rattrapent pas plus tard.

J’ai longtemps confondu la force avec la capacité de supporter encore. Je croyais être courageux parce que je continuais malgré l’épuisement. Mais il n’y a aucun courage à ignorer indéfiniment les avertissements de son propre corps. La vraie difficulté, pour moi, est d’accepter que je ne suis pas invincible.

Mon corps a fini par dire ce que je n’arrivais pas à prononcer. Il m’a rappelé que la santé ne se négocie pas, qu’elle ne se reporte pas à la fin d’une liste de tâches et qu’aucun projet ne mérite que l’on se consume pour lui.

À ma fille, surtout

Ma fille n’est responsable ni de mes choix, ni de mes inquiétudes, ni des heures que j’ai données à mes projets. Pourtant, elle en a parfois subi les conséquences. Elle a connu un père fatigué, préoccupé, physiquement présent mais intérieurement encore absorbé par un problème à résoudre.

Elle mérite mieux qu’une présence distraite. Elle mérite un père qui entend vraiment ce qu’elle raconte, qui remarque ses silences, qui partage ses rires et qui n’attend pas que tous les dossiers soient terminés pour vivre avec elle. Les années passent sans demander notre permission. Les moments manqués, eux, ne reviennent pas.

Aucune commande, aucun chiffre et aucune réussite ne pourront remplacer une soirée simple, une conversation, un sourire ou un souvenir construit ensemble. Si je dois choisir ce que je veux sauver aujourd’hui, je choisis cette présence. Je choisis d’être son père avant d’être le porteur d’un projet.

Une décision douloureuse

Prendre la décision de cesser mon activité me fait mal. J’ai le sentiment de décevoir des clients, des personnes qui m’ont soutenu et des proches qui ont cru en mes projets. Je sais que certains verront cela comme un nouvel échec. Peut-être que d’autres en riront. Je ne peux pas contrôler leur regard.

Ce que je peux faire, en revanche, c’est être honnête. Je regrette sincèrement les projets interrompus, les réponses trop tardives, les attentes auxquelles je ne pourrai pas répondre et les complications que cette décision peut provoquer.

À mes clients, je veux dire que leur confiance a compté. Chaque demande, chaque échange et chaque encouragement ont donné du sens à cette aventure. Je demande pardon à celles et ceux que cette décision déçoit. Je suis moi-même déçu de ne pas avoir pu aller plus loin.

J’aurais voulu que cette histoire se termine autrement. J’aurais voulu pouvoir prévenir plus tôt, terminer proprement chaque engagement et laisser derrière moi uniquement de bons souvenirs. La réalité est moins belle. Elle comporte des retards, des silences, des maladresses et des promesses que je n’ai pas toujours réussi à tenir.

Je sais qu’une excuse n’efface pas les conséquences. Elle ne rend pas le temps perdu et ne termine pas un projet laissé en attente. Mais je veux tout de même la formuler avec sincérité. Je suis désolé pour les personnes que j’ai inquiétées, pour celles qui ont attendu une réponse et pour celles qui avaient placé davantage d’espoir en moi.

À ceux qui choisiront d’en rire ou d’y voir la preuve d’un échec, je n’ai plus la force de me justifier. On ne connaît jamais réellement le combat qui se cache derrière la décision d’une autre personne. Leur regard ne peut pas raconter mon histoire à ma place.

Je ne renonce pas à mon rêve. Je refuse simplement de me perdre en essayant de le poursuivre.

Ce qui ressemble à une défaite

Je sais l’image que peut donner un nouvel arrêt. Je sais que l’on peut regarder Inter62, puis VS81, et ne voir qu’une succession de tentatives inachevées. Moi aussi, certains jours, je ne vois que ce qui n’a pas été terminé et tout ce que j’aurais voulu réussir autrement.

Mais une entreprise peut s’arrêter sans que tout ce qui a été vécu devienne inutile. Les rencontres restent. Les compétences acquises restent. Les personnes aidées, les problèmes résolus, les erreurs comprises et les moments de fierté ne disparaissent pas avec une cessation d’activité.

Ma véritable défaite serait de continuer uniquement pour donner tort à ceux qui doutent, puis de perdre ma santé, ma présence auprès de ma fille et ce qu’il me reste d’énergie. M’arrêter me brise le cœur, mais continuer ainsi finirait par briser bien davantage.

Retrouver l’essentiel

Je dois maintenant apprendre à me reposer sans culpabiliser. Je dois prendre soin de ma santé, avancer dans ma formation, faire correctement mon travail et retrouver une place plus simple dans ma propre vie.

Je dois accepter les moments calmes au lieu de chercher immédiatement quelque chose pour les remplir. Je dois être vraiment présent pour ma fille et pour les personnes que j’aime. Reconnaître mes limites n’est pas une faiblesse. Choisir ma santé et ma famille n’est pas une défaite.

Cette décision n’efface pas tout ce qui a été construit. Elle ne retire rien aux rencontres, aux projets réalisés, aux erreurs qui m’ont appris et aux personnes qui m’ont aidé. Inter62 et VS81 resteront des parties importantes de mon histoire.

Le repos m’effraie encore. Il m’oblige à entendre les questions que j’ai recouvertes de travail, à regarder les regrets que j’ai repoussés et à rester face à moi-même sans pouvoir me réfugier immédiatement dans une nouvelle idée. Pourtant, je sais désormais que fuir sans cesse le silence ne le fait pas disparaître.

Je dois apprendre que ma valeur ne dépend pas du nombre d’heures travaillées, des projets lancés ou des problèmes résolus. Je dois réapprendre les journées ordinaires, les moments sans objectif et les petits bonheurs qui ne produisent rien, mais qui donnent pourtant du sens à une vie.

Je ne cherche pas à transformer cette décision en belle leçon. Aujourd’hui, elle reste triste, lourde et difficile. Peut-être qu’un jour je la regarderai autrement. Pour l’instant, j’essaie seulement de l’accepter sans me condamner.

Je ne sais pas encore de quoi demain sera fait

J’ai toujours beaucoup de projets en tête. Les idées sont encore là, parfois trop nombreuses. Cette envie de créer fait partie de moi et je ne pense pas qu’elle disparaîtra.

Je ne sais pas si VS81 pourra exister à nouveau un jour, ni sous quelle forme. Je ne veux faire aucune promesse. Aujourd’hui, je sais seulement que cette activité doit s’arrêter.

La partie la plus douloureuse est peut-être de ne pas pouvoir donner de date, de réponse rassurante ou de scénario pour la suite. J’aimerais dire que tout recommencera bientôt, mais ce serait encore demander à l’avenir de réparer immédiatement ce que le présent m’impose.

Je n’écrirai pas « à bientôt » uniquement pour rendre cet arrêt moins difficile à entendre. Le temps est incertain. Ma santé l’est aussi. Je préfère une vérité inconfortable à une promesse faite pour calmer la tristesse du moment.

S’il reste quelque chose de VS81 demain, j’aimerais que ce soit la sincérité de cette lettre, la reconnaissance envers les personnes qui m’ont suivi et la preuve qu’un être humain existe toujours derrière un nom, un logo et une entreprise.

À vous tous

Merci.

Merci à mes clients pour leur confiance et leur patience. Merci à celles et ceux qui ont suivi Inter62, puis VS81. Merci aux personnes qui ont partagé mes projets, parlé de mon travail ou envoyé un mot d’encouragement au bon moment.

Merci surtout à mes proches. Je sais que mes projets ont parfois pris trop de place. Merci d’être restés là malgré mes absences, ma fatigue et mon esprit souvent occupé ailleurs.

Derrière chaque projet, il y avait plus qu’une facture, une demande ou un travail à terminer. Il y avait une personne qui me faisait confiance. Je n’oublierai pas cette confiance. Elle m’a porté dans les périodes de doute et m’a parfois donné la force d’avancer lorsque je ne croyais plus suffisamment en moi.

Si cette lettre doit laisser une trace, j’aimerais qu’elle dise simplement ceci : derrière VS81, il n’y avait pas une machine, ni une réussite parfaite, ni un homme capable de tout supporter. Il y avait quelqu’un qui a essayé avec tout son cœur, qui s’est parfois trompé, qui a souvent trop donné et qui doit aujourd’hui reconnaître qu’il ne peut plus continuer ainsi.

Je ferme cette page avec une immense tristesse, mais aussi avec la certitude que ce que nous avons partagé était réel. Rien ne pourra retirer la valeur des rencontres, des encouragements et des moments où ce rêve a véritablement existé grâce à vous.

Merci pour ce que nous avons partagé. Aujourd’hui, l’activité s’arrête ici.